Dilma Rousseff, première femme présidente du Brésil

Fonte: Le Figaro – Par Lamia Oualalou

La dauphine de Lula l’emporte avec près de 56% des suffrages.

Le pari fou du président sortant Luiz Inacio Lula da Silva vient d’être gagné : Dilma Rousseff est devenue ce dimanche la première femme présidente du Brésil, une performance d’autant plus remarquable que l’ex-chef de la Maison Civile – équivalent de premier ministre – n’avait jamais auparavant brigué le moindre mandat. La candidate du Parti des Travailleurs (PT) l’emporte avec 55,59% des suffrages – à partir de 94% des bulletins dépouillés – contre 44,41% pour son adversaire José Serra, du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne (PSDB), soit plus de 10 millions de votes de différence.

Les Brésiliens, dans leur ensemble, ont délivré un message de continuité, résultat de la popularité du gouvernement de Lula, qui quitte le pouvoir avec 82% d’opinions positives. L’élection de Dilma Rousseff marque toutefois une nette polarisation, entre les plus pauvres et les plus riches. «Il suffit d’entrer dans un restaurant fréquenté par la classe moyenne pour voir palper ce phénomène : ceux qui sont assis votent Serra, ceux qui sont debout et font le service votent Dilma », résume André Singer, politologue à l’université de Sao Paulo.

Géographiquement, le clivage est net. Le Brésil est littéralement coupé en deux, rouge au nord (la couleur du PT) et bleu au sud (couleur du PSDB). Dilma Rousseff l’emporte avec des scores de maréchaux dans les Etats du Nordeste, les plus pauvres du pays. Les habitants de Bahia ont voté à plus de 70% pour elle, ceux du Pernambuco, l’Etat natal de Lula, à 75%, alors que dans le Maranhao, cette proportion grimpe à 78%. C’est le Nordeste qui a le plus profité des politiques sociales du président sortant, Luiz Inacio Lula da Silva. La coïncidence est frappante avec Bolsa Familia, l’allocation versée aux douze millions de foyers les plus démunis. Dans l’Etat du Maranhao, ce transfert de revenu concerne 54% de la population.

Bolsa familia 

Inversement, José Serra s’impose dans l’Etat de Sao Paulo, ainsi que dans les Etats du Sud, les plus riches. A Santa Catarina, où moins de 10% des habitants sont éligibles à Bolsa Familia, plus de 56% des Brésiliens ont choisi le candidat de l’opposition. «Cette corrélation ne suffit pas à affirmer que ces personnes ont voté Dilma seulement parce qu’elles ont reçu Bolsa Familia», alerte Marcelo Neri, économiste à la Fondation Getulio Vargas, en soulignant qu’il s’agit d’un programme structurel, installé depuis des années, et non plus d’un «cadeau électoral» comme les gouvernements avaient l’habitude d’en faire. « Par ailleurs, le Nordeste a connu un taux de croissance à la chinoise, et une hausse du revenu par tête de 7,3 % par an, contre 5,3 % par an dans le reste du pays», dit-il.

Le clivage nord/sud et pauvres/riches est récent dans le paysage électoral brésilien. En 1989, 1994 et 1998, Lula a perdu en partie parce qu’il ne parvenait pas à séduire les plus défavorisés. Il symbolisait l’aventurisme et le conflit social, dont ils se percevaient comme les principales victimes, notamment à travers l’inflation «C’est en 2006 que cela bascule, après que la question sociale est devenue un des axes du gouvernement de Lula», analyse André Singer. Depuis, les pauvres en général, et notamment dans le Nordeste, votent pour lui, par affection, reconnaissance et identification. Aujourd’hui, pour ces mêmes raisons, ils ont suivi ses recommandations en votant massivement Dilma. Cette identification a des effets pervers. Les médias ont tellement répété que Lula et Dilma étaient en tête dans le Nordeste que les électeurs du Sud, dont le niveau de revenu et d’instruction est plus élevé, ne se reconnaissent pas dans cet électorat et «choisissent son adversaire, accentuant plus encore le clivage entre classes sociales», estime Stéphane Monclaire, politologue spécialiste du Brésil à la Sorbonne-Paris I. Même si le Sud et le Sud-Est ont profité de la croissance des huit dernières années – Rio de Janeiro, Belo Horizonte et Porto Alegre se trouvent dans une situation de plein-emploi – leurs références culturelles, parfois non dénuées de préjugés racistes à l’égard des Nordestins, les éloignent du discours de Lula et Dilma.

Dimanche soir, la nouvelle présidente élue – elle ne prendra ses fonctions que le 1er janvier – devait faire un discours consensuel rappelant qu’elle compte gouverner pour tous les Brésiliens. Bien que son score soit inférieur à ceux enregistrés par Lula en 2002 et 2006 (plus de 60%), Dilma Rousseff bénéficiera d’une franche majorité au Sénat et à l’Assemblée, qui devrait l’aider à compenser, en partie, le charisme du président sortant

 

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