Dilma loin devant après une campagne délétère

Fonte:  Le Figaro.fr  –Lamia Oualalou

Créditée de 56% des suffrages, elle devrait devenir la première présidente brésilienne. 

Les sanglots longs des violons d’Albinoni installent d’emblée l’ambiance lorsqu’à l’écran apparaît cette phrase: «Si Dilma est élue, regardez ce qui nous attend.» Présenté comme une fiction scientifique, le film raconte comment le Brésil plonge dans le chaos avec l’élection de la candidate du Parti des travailleurs (PT). On y voit Dilma Rousseff lancer la persécution contre son adversaire, José Serra, contraint de s’exiler aux États-Unis. Dans la foulée, elle réprime la presse et les églises. Le pays est à feu et à sang. Les États-Unis, la France et l’Angleterre rompent leurs relations avec Brasilia, qui n’a plus que l’appui de l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad et du Vénézuélien Hugo Chavez.

Calqué sur le récent film hollywoodien 2012, qui annonce la fin du monde, ce clip n’est pas seulement l’initiative d’internautes militants. Il a été diffusé sur le site officiel de José Serra, le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB). Jamais, depuis 1989, date de la première élection au suffrage universel après le rétablissement de la démocratie, un niveau aussi explicite de violence n’a marqué un scrutin. Alors qu’on pensait que l’élection de Luiz Inacio Lula da Silva, premier ouvrier à la tête de la République, avait sonné le glas des discours politiques fondés sur la peur, cette stratégie a été reprise par le PSDB. Il assure que, manquant d’expérience, Dilma sera la marionnette des mouvements sociaux et d’une extrême gauche prétendue toute puissante.

Ce ton catastrophiste est d’autant plus paradoxal que, contrairement à 1989, le Brésil va bien. La croissance dépassera 7% cette année -le record depuis vingt-cinq ans-, le chômage est tombé à 6,2% et les entreprises s’attendent à un record de consommation à Noël alors que plus de 30 millions de pauvres sont entrés dans la classe moyenne. Demain, les 136 millions de Brésiliens iront aux urnes avec l’envie d’oublier au plus vite une campagne négative qui a ignoré les véritables défis comme l’éducation, la santé et la poursuite de la réduction des inégalités. Cette semaine, les téléspectateurs ont assisté, éberlués, à une dispute entre les deux candidats pour savoir si José Serra avait été victime d’une agression par des militants du PT durant une marche de campagne, et si l’objet qu’il avait reçu sur la tête était une boulette de papier ou un rouleau de scotch.

Surtout, le thème religieux a été omniprésent, Dilma Rousseff étant accusée d’être en faveur de l’avortement. La campagne de plusieurs pasteurs évangélistes contre elle s’est poursuivie dans l’entre-deux-tours, relayée par des évêques catholiques. «Les évangélistes ont toujours été actifs sur la scène politique. La nouveauté, c’est le surgissement d’un activisme catholique conservateur dans un pays qui a longtemps été dominé par la Théologie de la Libération», souligne Maria das Dores Campos Machado, directrice du centre Politique et Religion de l’Université fédérale de Rio de Janeiro.

Intervention de Benoît XVI 

 

Alors que le thème s’essoufflait, le pape Benoît XVI l’a relancé jeudi en déclarant que les prêtres brésiliens avaient le devoir «d’émettre un jugement moral même en matière politique». Une intervention qui a été interprétée comme un encouragement par les religieux engagés contre Dilma Rousseff. Ceux-ci ont d’ailleurs en partie gagné: les candidats se sont engagés à ne pas légiférer sur l’avortement, aujourd’hui interdit. «Le prochain président devra mettre en musique des politiques publiques dans lesquelles l’élément religieux vient désormais limiter l’action de l’État», regrette l’analyste politique Maria Inês Nassif.

La campagne de José Serra, qui est passé en quelques semaines d’une tentative de récupérer l’héritage populaire de Lula à une stratégie d’attaque systématique doublée d’un appel aux valeurs conservatrices, semble toutefois repousser une partie de l’électorat. Ces derniers jours, le candidat du PSDB ne comptait plus que sur l’ultime débat télévisé, prévu vendredi soir, pour renverser la tendance. Les instituts de sondages donnaient Dilma Rousseff gagnante, avec au moins 56% des suffrages.

 

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